lePCI.
⸻ Qu'est-ce que le PCI ?
Nous avons tou.te.s en tête des musiques, des chants, des danses, des contes, des jeux, des fêtes, des remèdes ou des techniques, hérités de nos ascendants et que nous pratiquons toujours en les adaptant au gré des circonstances…
Lors de sa trente-deuxième session réunie à Paris en octobre 2003, la Conférence générale de l’Unesco adopte la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Sa ratification en janvier 2006 par un trentième État permet l’entrée en vigueur de cet instrument normatif et juridiquement contraignant, qui institue au niveau international une nouvelle catégorie de patrimoine. Cette convention a été ratifiée massivement et en quelques décennies par plus de 180 États parties.
Selon l’article 2 de la Convention de 2003, le patrimoine culturel immatériel (PCI) comprend « les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel ». Ce patrimoine vivant, transmis de génération en génération, « est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité ». Loin d’être figé, il est donc à la fois traditionnel et contemporain.
Ce patrimoine immatériel se manifeste notamment au travers de cinq domaines indicatifs : les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, ainsi que les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel (article 2).
En recréation perpétuelle, le patrimoine culturel immatériel (PCI) est constitutif de la fabrique des mondes par les actrices et acteurs qui en héritent et le font vivre. Agissant sur les représentations du passé et du présent, le PCI est susceptible d’être source d’inspiration pour imaginer et se projeter vers d’autres mondes, en réponse aux enjeux de la durabilité auxquels les communautés font face (particulièrement sur les plans existentiel, social, économique et écologique).
Dans le contexte de la mise en œuvre des 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030 de l’Organisation des Nations unies, le développement durable devient une priorité concrète des politiques patrimoniales de l’Unesco, et notamment de la Convention pour la sauvegarde du PCI.
Genèse de la Convention
L’origine du texte remonte bien au-delà de 1972. Celui-ci répondait à la nécessité de redéfinir la notion de patrimoine pour intégrer les formes d’expression culturelles qui n’entrent pas dans le champ de la Convention dite du patrimoine mondial, adoptée par l’Unesco un peu plus de trente ans auparavant. De fait, les expressions relevant du patrimoine culturel immatériel ou PCI (on parle alors de folklore, de traditions ou de cultures populaires) ne sont pas couvertes par la convention de 1972, les aspects juridiques de la propriété intellectuelle collective n’ayant pas été résolus. Dès lors les initiatives, principalement des pays du Sud, vont se succéder afin d’assurer à ces expressions une forme de reconnaissance internationale et de protection.
En effet, le succès rencontré par la convention de 1972 (194 États parties) va renforcer l’identification du patrimoine à ses manifestations matérielles et notamment monumentales, dont témoigne la surreprésentation des pays du Nord sur la liste du patrimoine mondial : près de la moitié (48 %) des sites classés sont situés en Europe et en Amérique du Nord. Un tel déséquilibre entre les six grandes régions du monde qui fondent le système des Nations Unies engendre au sein de ce dernier une torsion géopolitique que visent à résorber le texte de 2003 et les mécanismes internationaux instaurés par celui-ci.